Lettre 939


Année 390


(Dossier Proclos)

(Dossier Thalassios)


Lettre adressée à un ancien élève qui, en tant qu’avocat, est en relation avec Proclos et Tatianos. Il a déjà reçu l'ep. 936 pour la défense de Thalassios.


Πρισκιανῷ


1. Ἡμεῖς ὅτε σε ἠκούσαμεν ἀρχὴν λαβεῖν, τοὺς μὲν θεοὺς ἐπῃνέσαμεν, συνησθέντες δὲ καὶ σοὶ καὶ ἡμῖν αὐτοῖς ἐν ἐλπίδι ἐγενόμεθα τῶν παρὰ σοῦ γραμμάτων· οὐκ ἐλθόντων δὲ ἡμῖν ἐπὶ τὸ τὴν αἰτίαν ζητεῖν ἤλθομεν. 2. πολλῶν δὲ τῶν λεγομένων ὄντων εἴρηταί τι καὶ τοιοῦτο παρ’ ἀνδρὸς ὀξὺ βλέπειν δοκοῦντος, ὅτι Πρισκιανὸς ἐκεῖνος ἔδεισε μὴ τοῖς παρ’ ἑαυτοῦ γράμμασιν ἡμέτερα κινήσῃ βοηθείας αἰτοῦντα τοῖς τούτου δεομένοις, εἶτ’ ἔχῃ πόνους αὐτός. 3. ἐγὼ δὲ ἐκβάλλειν μὲν οὐκ ἔσχον αὐτοῦ τοῦτο, αἰτῶ δ’ ὅμως χάριν εἰδὼς ὅτι, κἂν τῶν γραμμάτων καταβοήσῃς, ἀλλ’ οὐ φεύξῃ τὸ ἔργον. ἔστι δὲ τὸ ἔργον πεῖσαι τὸν γενναῖον Πρόκλον ἐν τῇ βουλῇ τῆς ἀρχούσης πόλεως εἰπεῖν ὡς εἰσακτέον εἰς τὴν βουλὴν τὸν χρηστὸν Θαλάσσιον νῦν, εἰ καὶ μὴ πρότερον. τὸ μὲν γὰρ δίκαιον ἦν καὶ πάλαι, δίκαιος γὰρ ἁνήρ, καὶ νῦν δέ, εἰ γένοιτο, τετιμῆσθαι φήσομεν.

à Priskianos

  

1. Lorsque nous avons appris que tu avais obtenu un commandement1, nous avons loué les dieux. Nous nous en sommes nous-mêmes réjouis avec toi et avons espéré une lettre de toi, mais comme elle ne nous arrivait pas, nous nous sommes mis à en chercher la raison. 2. Or, parmi toutes les explications avancées, un homme réputé pour avoir une vue pénétrante a dit à peu près ceci : le fameux Priskianos a eu peur qu’une lettre venant de lui n’amène une lettre de nous sollicitant de l’aide pour ceux qui en ont besoin et qu’ensuite il ait lui-même2 des efforts à fournir.  3. Moi, je n’ai pas pu chasser cette idée de son esprit, je te demande pourtant une faveur, conscient que même si tu vitupères contre ma lettre, tu ne te déroberas pas pour autant à l’action. L’action consiste à convaincre le noble Proclos de dire devant le Conseil3 de la cité qui commande4 qu’il est temps de faire entrer au Conseil l’honnête Thalassios, puisqu’il ne l’a pas été plus tôt. Cela aurait été juste depuis longtemps déjà, car l’homme est juste et, si cela se fait, nous dirons que c’est un honneur5.


1. Une charge (ἀρχή) dans l’administration, mais qui n’est pas autrement connue.

2. Priskianos lui-même qui aurait craint de ne pouvoir répondre aux demandes de Libanios. 

3.  Le Sénat.

4. Périphrase pour désigner Constantinople.

5.  Libanios ne précise pas qui reçoit l’honneur (pas de sujet dans la proposition infinitive) : c’est évidemment Thalassios qui serait honoré, mais on peut comprendre aussi qu’il s’agit de Libanios, son principal soutien : sur l'honneur, cf. ep. 927, note 5.