Lettre 852


Année 388


(Dossier Proclos)


À l’automne 388, Libanios demande au préfet de la Ville, Proclos, d’accueillir l’ambassade des Antiochéens. Au-delà de la simple démarche de recommandation, il le sollicite aussi pour remédier aux problèmes de la curie d'Antioche en restaurant son crédit et en recrutant de nouveaux curiales. La lettre vise à flatter le puissant personnage.


Πρόκλῳ


1. Ἤδη τῶν πρέσβεων ᾑρημένων ἤρετό τίς τινα ξένος πολίτην, ὁπόσοι τινὲς εἶεν. ὁ δὲ ἔφησε· τρεῖς. ἐγὼ δὲ τοὺς τρεῖς ἀκούσας, καὶ γὰρ ἔτυχον παρών, οὐ τρεῖς ἔφην πρεσβεύειν, ἀλλὰ τέτταρας. 2. πῶς, ἤρετο, τέτταρες; ὅτι πολὺ πρὸ τῶν τριῶν ἔφην ᾑρέθη Πρόκλος ὑπ’ αὐτῶν τῶν ἐν τῇ πόλει παρ’ αὐτοῦ πεποιημένων ὁδῶν τε καὶ στοῶν καὶ λουτρῶν καὶ ἀγορῶν. φιλεῖν μὲν γὰρ ἀνάγκην ἔχει τόν γε αὑτοῦ πόνον, τὸ δὲ ἐρᾶν δεινὸν πεῖσαι μηδὲν ὀκνεῖν ὑπὲρ τῆς ἐρωμένης. 3. καλὸν δὲ τὸ τὸν αὐτὸν βούλεσθαί τε ἡμᾶς εὖ ποιεῖν καὶ δύνασθαι. δύναται δὲ δυνάμεως δυοῖν εἴδεσιν, ἔχει γὰρ δὴ καὶ τὸ τοῦ πατρὸς σθένος· οἷν ἀμφοῖν ὑπὲρ ἡμῶν χρήσεται πρὸς τὴν ἀρχαίαν ῥώμην τὴν βουλὴν ἐπανάγων, ὡς μὴ μόνον ἐν τῇ στοᾷ τῇ παρὰ σοῦ φαίνεσθαι τοῦ δήμου τὴν εὐθυμίαν ἑσπέρας ἑκάστης ᾄσμασιν, ἀλλὰ καὶ τῆς βουλῆς δι’ ὧν ἂν βουλῇ πρέπῃ. 

à Proclos


1. Alors que les ambassadeurs avaient déjà été désignés, un étranger demanda à un citoyen combien ils étaient. Il lui répondit : « Trois » ; et moi, en entendant « trois » - car il se trouve que j’étais là - je dis que les ambassadeurs n’étaient pas trois, mais quatre. 2. « Comment cela, quatre ? » demanda-t-il ; « c’est que, bien avant ces trois-là, Proclos a été désigné comme tel par les ouvrages mêmes qu’il a réalisés dans la cité, voies et portiques, bains et places1. En effet il ne peut qu’aimer son propre travail et sa passion est propre à le persuader d’agir sans tarder pour celle qui est en l’objet2. 3. C’est une bonne chose que le même homme veuille être notre bienfaiteur et puisse l'être3 ; or il le peut grâce aux deux formes de sa puissance, car il possède aussi la force de son père et il usera de l’une et de l’autre en notre faveur en ramenant le conseil à son ancienne vigueur4 ; ainsi, sous le portique qui est ton œuvre, ce n’est pas seulement la joie du peuple qui s’exprimera chaque soir par des chants5, mais aussi celle du conseil dans les formes qui sont propres à un conseil.


1. Libanios fait allusion à la politique de construction en faveur d’Antioche à laquelle s'attachèrent nombre de hauts fonctionnaires d'Orient (Petit 1955, p. 315-16, en donne la liste pour le IVe s.). On doit à Proclos l’aménagement de voies, de portiques, de bains et de places publiques. Mais dans l'Or. XLII, 41, Libanios lui reproche d'avoir démoli et bâti à tort et à travers (Petit 1955, p. 277 n. 10) et d’avoir voulu agrandir le Plèthre (Or. X). Malgré ces critiques, les embellissements d’Antioche, réalisés du temps où Proclos était comes Orientis, furent réels et le sophiste ne peut les nier.

2. C’est la cité qui est l’objet de sa passion.

3. Jeu sur vouloir /pouvoir qui permet de souligner la toute-puissance de Proclos

4.  On notera l’abondance du lexique de la puissance avec les mots : δύναμις, σθένος, ῥώμη La force de Proclos se double de celle de son père, le préfet Tatianos.

5. Fort suggestive est cette allusion à la vie sociale d’Antioche : le soir, les habitants ont l’habitude de se retrouver sous les portiques pour se promener, se rencontrer, deviser, voire se distraire par des chants, moments privilégiés d'une communauté qui, libérée des obligations diverses, peut, dans la fraîcheur retrouvée du soir, se livrer au plaisir d'être ensemble (voir Or. XI, Antiochicos, 267 ; Or, 45, 26). Cela nous permet aussi de deviner les loisirs simples et la vie relationnelle si riche de la société antiochéenne.