Lettre 1022


Année 391


(Dossier Proclos)

(Dossier Tatianos)


Cette lettre déplore comme ep. 991 le silence de Proclos, mais cette fois-ci Libanios peut en donner une explication ; elle est fournie par la lettre de Tatianos, le propre père de Proclos : c'est « la foule des affaires ». Sans doute y a-t-il là un reproche déguisé puisque le préfet du prétoire a trouvé le temps d'écrire à Libanios, mais pas le préfet de la Ville ! Cela n'empêche pas Libanios de louer Proclos pour cette activité débordante, sans renoncer pour autant à lui réclamer une lettre.


Πρόκλῳ


1. Τὴν τοῦ γενναίου πατρός σου λαβὼν ἐπιστολὴν παρὰ τοῦ ῥήτορος Πρισκιανοῦ σὴν ἀπαιτῶν ἐπιστολὴν μὲν οὐκ ἐλάμβανον, τὸ δὲ γράψαι κεκωλυκὸς ἤκουον. τὸ δὲ ἦν πραγμάτων ὄχλος ἕλκοντος ἑκάστου πρὸς ἑαυτὸ καὶ πρώτου πράττεσθαι βουλομένου. 2. ταῦτ’ οὖν ἀντὶ τῆς ἐπιστολῆς ἐγένετό μοι, μᾶλλον δέ, μείζω παρέσχεν ἡδονὴν μείζονός σοι τῆς ἐπιδείξεως ἐν πλείοσι πράγμασι γιγνομένης. ὅτου γὰρ ἅψαιτο Πρόκλος, τοῦτο καὶ κατώρθωται. εἴτ’ οὖν οὐ γράφεις ἡμῖν, οὐκ ἀθυμοῦμεν ἔχοντες τὴν αἰτίαν, εἴτε καὶ οὕτω γράφεις, θαυμασόμεθα τὸ κἀκεῖνο ποιοῦν ὁμοῦ καὶ τοῦτο. 3. πρὸς δὴ τὴν τοῦ πατρὸς φιλοπονίαν ἁμιλλώμενος δοκεῖς μοι καὶ τὸ ’κείνου γέρας οἴσεσθαι τοῦ αὐτοῦ μὲν ἐπαινοῦντος, τοῦ αὐτοῦ δὲ διδόντος. ἴσως δὲ καὶ αὐτὸς ταῦτα καὶ ὄψομαι καὶ καρπώσομαι· ζητήσω δὲ οὐκ ἄλλην ἀρχὴν τῆς ἐπὶ τούτοις ἐπιστολῆς, ἀλλ’ὅπερ πρὸς τὸν πατέρα σου, τοῦτ’ ἀρκέσει μοι καὶ πρὸς σέ.

à Proclos


1. J'ai reçu  la lettre de ton noble père des mains du rhéteur Priskianos ; la lettre de toi que je réclamais je ne l'ai pas reçue mais j'ai appris ce qui t’avait empêché d’écrire : c’était la foule de tes affaires, chacune t’accaparant et exigeant d'être traitée en premier. 2. Voilà donc ce que j'ai obtenu à la place de la lettre1 et, qui m’a même procuré un plus grand plaisir, puisque tu montres2 d'autant mieux qui tu es que les affaires sont plus nombreuses. Tout ce à quoi s’est attaché Proclos a été correctement mené. Donc, si tu ne nous écris pas, nous ne nous décourageons pas, puisque nous en connaissons la raison, et si tu écris, même dans ces circonstances, nous t'admirerons de faire les deux en même temps3. 3. Tu rivalises avec ton père dans l’amour du travail4 et tu me sembles aussi destiné à  recevoir la dignité qui est la sienne5 : c'est lui qui, tout à la fois,  approuve et donne6. Peut-être même verrai-je cela et en recueillerai-je les fruits. Je ne chercherai pas d’autre début à ma lettre sur ce sujet, mais ce que j’ai dit  pour ton père, il me suffira de le dire  pour toi aussi7


1. Libanios, à défaut de recevoir une lettre, a obtenu des explications sur le silence de Proclos. cf. ep. 991.

2. Le substantif ἐπίδειξις est très présent dans l’œuvre de Libanios mais le plus souvent au sens rhétorique de « démonstration oratoire », ce qui donne un relief particulier à son emploi dans un tel contexte.

3. « Faire les deux en même temps », c'est-à-dire écrire à Libanios tout en gérant un grand nombre d'affaires.

4. Le mot grec est φιλοπονία. Chez Libanios, le terme πόνος désigne le plus souvent les travaux rhétoriques mais la φιλοπονία, qu'il présente comme une vertu essentielle, vaut aussi bien pour les rhéteurs que pour les curiales ou les hommes de pouvoir. Elle suppose de la tempérance, une certaine austérité et un détachement des plaisirs vulgaires. Schouler 1984 p. 964-970.

5. Le consulat qui est une dignité (γέρας).

6. Le groupe τοῦ αὐτοῦ μὲν ἐπαινοῦντος, τοῦ αὐτοῦ δὲ διδόντος se rattache au génitif ’κείνου qui se réfère à Tatianos. C'est donc Tatianos, le préfet du prétoire, qui approuve les désignations au consulat. Mais les choix du préfet ne sont que l'expression de ceux de l'empereur.

7. Sans doute allusion à ep. 990 qui commence pourtant par des reproches adressés à Proclos pour ne pas avoir informé Libanios de sa désignation au sénat. La suite est cependant tout à son honneur : elle évoque la joie ressentie à l'annonce de cette désignation dans les cités dont Proclos est un bienfaiteur.